Le management ne se résume pas aux pratiques et « postures » des managers

Concept LAM N°1
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Le management : des acteurs ou des rôles ?

- Une mise à distance salutaire !

    Acteurs ou rôles ? Les deux bien évidemment ! Mais alors si l’on parle bien d’un acteur et de son rôle, c’est qu’il y a une différence entre les deux. Cette distance entre l’acteur et le rôle est à la fois ce qui les distingue et ce qui les relie.

En travaillant depuis 20 ans avec des comédiennes issues du théâtre-forum, une métaphore éclairante nous est apparue pour appréhender ce que représente cette distance :

Un acteur c’est une personne physique, dotée d’un corps et d’une histoire, un professionnel, au sens où il se reconnaît dans un métier, qui n’est vu que lorsqu’il est en action dans un rôle, lequel rôle est un ingrédient d’une œuvre au service de laquelle il a décidé de mettre son talent.

 

Ainsi s’établit la distance indispensable à l’interprétation, entre la personne, l’acteur et le rôle ; l’interprétation est la mise en pratique du métier qui consiste à réinvestir une part de soi dans l’œuvre d’un autre (lequel a pu disparaître depuis bien longtemps) pour la re-présenter au travers d’un rôle ; ne pas se perdre dans ce rôle, au sens d’y perdre son âme ou la singularité qui distingue l’acteur de ses prédécesseurs dans le même rôle, ne pas mettre le rôle à son service et bien se tenir au service de l’œuvre pour la faire apprécier du public qui a décidé d’en goûter, c’est le dilemme dans lequel chemine l’artiste interprète.

 

Face à ce dilemme, l’acteur n’est pas seul, le metteur en scène qui le « dirige » tient une double fonction : libéré de l’auteur car distinct de lui, il se consacre à la façon de représenter l’œuvre intégralement et de façon intègre ; il est tenu par l’œuvre et la transforme en cadre de jeu pour les acteurs au travers des rôles mis en scène ; directeur de l’acteur, bien loin de le dominer, sa fonction est d’aider l’acteur à faire surgir la vie dans le rôle en puisant dans la sienne.

On aura reconnu dans cette fonction du metteur en scène l’image du manager qui tout à la fois met en scène le rêve stratégique d’une organisation et dirige les acteurs salariés, tels qu’ils sont, avec leur corps et leur histoire singulière ; la distance pour le metteur en scène-manager est celle qui distingue et relie le rêve et la réalité, le voulu et le possible.

A cette tâche il n’est pas le seul assigné ; l’organisation se déploie sur un territoire, physique et immatériel, qui sépare des rôles spécifiques qu’il faut relier pour réaliser l’œuvre commune ou « raison sociale actualisée » de l’entreprise commune ; le manager est ainsi membre d’un collectif de managers et partie prenante d’une « fonction management » en charge de produire les réponses possibles aux besoins auxquels l’institution s’est donnée pour fonction de répondre.

 

Distance, un mot clé dans notre démarche et dans notre métier : mettre de la distance, « se distancier », « ne pas être pris dans », c’est se retrouver comme sujet ; mais distinguer, discerner, séparer, c’est aussi objectiver, matérialiser, rendre tangible pour saisir ; finalement, la distance est un espace et un temps dans lesquels se niche le processus d’élaboration de notre futur ; espace qui permet de faire exister l’autre et de reconnaître l’altérité (et pas l’alter ego), et le temps qui me relie à mon histoire sans m’enfermer dans sa répétition.

 

Pour le manager, ne pas dérober le rôle à son profit ni à l’inverse se laisser submerger par lui, est la « garantie » de ne pas tomber dans la toute-puissance du devoir à accomplir « coûte que coûte » ( comme les mots sont parlants ! ), de l’exemplarité « héroïque », ou dans l’impuissance culpabilisante et dangereuse pour soi et les autres, qui conduit si facilement au burn out.

 

La distance est une conscience de la distinction et de la relation entre l’acteur et le rôle.

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